Résonances africaines

Octobre 2007 FORMER [savoir pour agir]
Rwanda : un théâtre forum joue pour les enfants
et parle aux adultes

L’éducation pour tous comporte aussi une dimension générationnelle. Après avoir impulsé un programme d’éducation dans les écoles primaires et secondaires, l’association Umusuke [1] s’attelle à la mobilisation des parents et des autorités de proximité. Ce nouveau programme, intitulé Les Sentiers des droits de l’enfant, a commencé début 2007. Il recherche, à travers des théâtres forums, le débat éducatif et participatif avec les parents. But principal : inculquer des valeurs de partage, d’égalité et de dialogue intergénérationnelles tout en prenant en compte l’avis des principaux intéressés.
Un théâtre où acteurs et spectateurs se confondent
La situation des enfants reste très précaire dans tout le Rwanda (les orphelins, les enfants “chefs“ de famille, les enfants sans formation scolaire, les enfants qui travaillent, les enfants de la rue, les domestiques…) d’autant plus que la moitié de sa population est mineure. L’association a donc prévu de couvrir entièrement le pays. Chacun des 30 districts du Rwanda aura 4 personnes formées par Umusuke. Par exemple, pour le programme « les droits de l’enfant », trente images illustrent autant de droits fondamentaux pour les enfants. Ensuite un groupe de jeunes de 10 à 20 ans du théâtre forum improvise et joue à partir d’une image. L’image peut également provenir d’un des deux programmes précédents : Le Sentier de la paix (2000) [2] et Le Citoyen sur le sentier de la paix (2005).
L’originalité de l’idée tient au fait de faire entrer le public en scène. Et Jacqueline Uwimana [3] d’ajouter : « les spectateurs sont amenés à participer à partir de l’interrogation suivante du meneur de jeu : “Etes-vous d’accord avec ce scénario et ses actions ou conclusions ?“ ». Tout au long de la pièce, n’importe qui peut alors intervenir si quelque chose lui déplait afin de monter sur scène pour remplacer un des acteurs. La pièce est rejouée suivant ce principe jusqu’à la satisfaction entière du public. La subtilité de cette démarche réside dans son double jeu. Sous couvert d’une nouvelle forme de théâtre participative « son objectif est de faire appel à l’acceptation du changement, à l’engagement de s’exprimer ou encore à des capacités d’écoute », analyse Jacqueline. C’est-à-dire former des citoyens qui osent prendre la parole sur l’agora rwandaise. Umusuke encourage ainsi l’intérêt pour les problèmes publics tout en sollicitant l’avis de chacun.
Umuseke cible les premiers responsables des enfants : les adultes
Un débat s’engage à la fin de chaque représentation afin de montrer que les solutions aux problèmes traités se trouvent ensemble dans le dialogue. Les groupes aiment jouer la pièce Les Animaux malades de la peste qui aborde le thème du bouc émissaire. Après le théâtre, le débat s’oriente vers les trois situations clés du bouc émissaire : être l’auteur, être la victime ou assister d’une façon anonyme. Les trois situations se voient critiquées et dénoncées. Etre coupable, victime ou laxiste ne revient pas au même, mais la pièce articule ces trois états pour mettre en évidence le fait qu’ils sont dépendants les uns des autres. Des témoignages d’enfants ont été recueillis depuis l’application de ces programmes, pour savoir si leur situation avait changé. Les résultats sont nombreux et positifs. Par exemple, dans la même classe, un rescapé du génocide et un garçon dont le père est en prison se chamaillaient en permanence mais aujourd’hui ils se tolèrent et sont amis, nous assure Jacqueline. Ou le cas plus détaillé de Jeannine, 13 ans, qui a vu son problème résolu par le club Inzira y’Amahoro (Le Chemin de la paix). Sa mère lui interdisait de jouer avec son amie Mutoni. « Elle dit que la mère de Mutoni est méchante, qu’elle a fait emprisonner mon père ! », se plaignait Jeannine. L’animatrice du club, Uwera, a alors décidé l’organisation d’une réunion avec tous les parents d’élèves en généralisant l’étude de ce problème à tout le monde. Après ce dialogue communautaire, les deux amies jouent ensemble et les mères ne réagissent plus négativement.
[1] Umusuke, association éducative rwandaise
Contact : Jacqueline Uwimana pax_umusuke@yahoo.fr
[2] Le Sentier de la paix, voir Résonances n°8 de novembre 2006
[3] Jacqueline Uwimana est présidente de l’association Umusuke

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